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Entrepreneuriat

Comment continuer à avancer quand les circonstances veulent vous arrêter

Joe Hubert KAMATE 21 September 2026 11 min de lecture
Comment continuer à avancer quand les circonstances veulent vous arrêter

Découvrez comment Sayra Belle transforme les échecs et les contraintes en force pour poursuivre son rêve musical avec résilience. Un concours perdu, une crise sanitaire, l’insécurité et les difficultés financières peuvent suffire à faire abandonner un rêve. Pourtant, continuer à avancer malgré les obstacles ne signifie pas être invulnérable. Cela signifie apprendre à ajuster son chemin, demander de l’aide et rester fidèle à ce qui compte vraiment. Dans cet échange consacré aux femmes, à la paix et à la résilience, l’artiste chanteuse Sayra Belle raconte les moments où elle a voulu arrêter, mais aussi les raisons qui l’ont poussée à continuer. Son parcours montre qu’un rêve peut changer de forme sans disparaître et qu’on peut être fatiguée, vulnérable ou découragée tout en avançant.

Quand l’échec donne envie d’abandonner

Le premier grand découragement de Sayra Belle survient après sa participation au concours Top 5 Sauti, une compétition qui a révélé plusieurs artistes connus dans sa ville. Elle espérait y trouver une équipe capable d’accompagner sa vision artistique. Mais une seule personne devait être retenue. Sayra termine deuxième. Cette position est particulièrement difficile à vivre. Être deuxième signifie être assez proche pour imaginer la réussite, tout en restant en dehors de l’opportunité espérée. Elle avait le sentiment d’être « presque arrivée », sans avoir atteint son objectif. À ce moment-là, elle a réellement pensé à arrêter la musique. Pourtant, une autre idée l’a retenue : même sans gagner, elle avait été vue. D’autres artistes, des professionnels et peut-être des membres du public avaient découvert son talent. La compétition n’avait donc pas seulement produit un résultat final. Elle avait aussi créé des rencontres et ouvert une visibilité nouvelle.

« Je peux ne pas gagner cette compétition, mais il y a quand même des gens qui veulent me voir. »

Cette manière de regarder l’échec change tout. Un résultat décevant ne résume pas toujours la valeur du parcours. Il peut aussi devenir une vitrine, une expérience ou une première étape vers une autre opportunité. L’opportunité peut arriver après le refus quelques mois après le concours, Sayra publie une reprise de la chanson Mabéga de Gloria Bash. La vidéo n’est pas réalisée avec une qualité technique parfaite, mais elle devient virale. Elle lui permet d’entrer en contact avec plusieurs personnes avec lesquelles elle travaille encore aujourd’hui. Cette expérience lui rappelle une règle importante :

« il ne faut pas toujours attendre que tout soit parfait pour commencer ». La vidéo qui a changé son parcours n’était pas nécessairement celle qu’elle aurait produite avec les meilleurs moyens. Elle était simplement prête à être publiée. En osant la partager, Sayra a donné au public la possibilité de découvrir son univers. Commencer avec les ressources disponibles permet souvent de créer les conditions de la prochaine étape.

La résilience n’est pas l’absence de fatigue

Dans les conversations sur la réussite, la résilience est parfois présentée comme une force permanente. Il faudrait rester debout, ne jamais pleurer et continuer sans montrer de faiblesse. Le témoignage de Sayra propose une vision plus humaine, pour elle, être résiliente ne signifie pas ne jamais être fatiguée ou découragée, mais elle reconnaît qu’elle se demande parfois si ses efforts vont réellement produire les résultats espérés. Elle peut aussi sourire alors qu’elle s’effondre intérieurement, Mais elle continue à avancer malgré ces émotions.

« Pleurer est permis pour tous les humains, mais tout en avançant. »

Cette phrase résume une distinction essentielle :

La vulnérabilité n’est pas le contraire de la résilience, Elle en fait partie. Reconnaître sa fatigue permet de mieux comprendre ses besoins, de chercher du soutien et d’éviter de transformer le courage en épuisement. Faire une pause ne signifie pas abandonner, une absence de quelques semaines, de plusieurs mois ou même de plusieurs années ne suffit pas à déterminer qu’une personne a renoncé. Certaines personnes se retirent pour se reconstruire, répondre à des obligations familiales ou retrouver de l’énergie. La différence se situe souvent dans l’intention :

  • Une pause : permet de prendre du recul, de réfléchir et parfois de revenir avec une nouvelle direction.
  • Un abandon : correspond davantage à la décision de ne plus poursuivre l’objectif.
  • Une pause peut aussi servir à modifier sa méthode sans abandonner sa vision, Il est donc important de ne pas juger trop vite les parcours des autres ni le sien.

Continuer à avancer dans un contexte difficile

Le parcours de Sayra s’inscrit dans un environnement marqué par l’instabilité sécuritaire à Goma. Les petites scènes, les initiatives artistiques et les projets qui commençaient à se développer ont été interrompus ou ralentis. Lorsque la paix et la sécurité manquent, les priorités changent, certaines activités deviennent impossibles, les déplacements sont limités, Les organisateurs hésitent à maintenir des événements, les artistes doivent parfois mettre leurs projets entre parenthèses et cette réalité peut empêcher de rêver plus grand. Elle touche non seulement la carrière professionnelle, mais aussi la capacité à se projeter. Sayra reste néanmoins convaincue qu’il est possible de continuer à rêver depuis Goma, et même d’atteindre un jour une audience internationale. Cette conviction ne nie pas les difficultés, elle refuse simplement de leur laisser le dernier mot.

Changer d’itinéraire sans abandonner l’objectif Sayra rêvait de participer à de grands festivals. Mais si les frontières sont fermées ou si les conditions de sécurité ne permettent pas de voyager, elle doit revoir son itinéraire. Elle peut commencer par se produire localement, développer son répertoire, renforcer sa présence en ligne et construire progressivement les relations nécessaires. L’objectif reste le même. Le chemin change. Vous pouvez conserver votre ambition tout en adaptant :

  • Le calendrier ;
  • le lieu où vous travaillez ;
  • les personnes avec lesquelles vous collaborez ;
  • les outils que vous utilisez ;
  • la taille de votre première étape.

Modifier son plan n’est pas forcément reculer, c’est parfois la seule manière de continuer à progresser dans une réalité qui n’est pas celle que vous aviez imaginée.

La discipline transforme le rêve en pratique

La résilience ne repose pas uniquement sur la motivation, Les émotions changent. La discipline, elle, permet de rester en mouvement même quand l’envie diminue. Sayra décrit une routine artistique simple, mais régulière. Elle compose souvent, répète quotidiennement et cherche à apprendre dès qu’une occasion se présente. Elle écrit même lorsqu’elle n’a pas d’idée précise. Elle prend un stylo, écoute une instrumentale et commence. Cette méthode lui permet de ne pas attendre l’inspiration parfaite. Sa routine repose sur plusieurs habitudes :

  1. Écrire régulièrement : Même quelques lignes peuvent devenir le début d’une chanson.
  2. Répéter chaque jour : Une opportunité peut arriver sans prévenir. Répéter permet d’être prête techniquement.
  3. Participer à des ateliers : Les ateliers offrent un espace d’apprentissage, de rencontre et de progression.
  4. Observer d’autres artistes : Fahira s’intéresse aux pratiques d’artistes d’autres pays et à leur industrie musicale.
  5. Utiliser les réseaux sociaux : Ils permettent d’apprendre, de publier, de rencontrer des collaborateurs et de toucher un public plus large.

Cette routine ne garantit pas un succès immédiat, augmente toutefois les chances d’être prête lorsque le contexte évolue.

 

Survivre sans abandonner son rêve

Une difficulté revient souvent dans les parcours artistiques : le rêve ne paie pas toujours les factures immédiatement. Sayra explique que la musique ne couvre pas encore tous ses besoins. Elle travaille donc aussi dans le commerce, cette activité lui permet de subvenir à certaines dépenses tout en continuant à investir du temps et des ressources dans sa carrière musicale.  Cette stratégie n’est pas un échec. C’est une manière de protéger le rêve contre la pression financière.

Des nombreuses femmes sont contraintes de faire des choix similaires, elles doivent parfois combiner leur passion avec un emploi, des responsabilités familiales ou d’autres activités rémunératrices. Dans certains cas, elles mettent  temporairement leur projet en pause pour survivre. Le danger est de croire qu’un détour professionnel signifie que le rêve est terminé. Il peut au contraire fournir les moyens de le poursuivre plus longtemps.

L’importance d’un entourage solide

Sayra  insiste sur le rôle de sa famille, de son équipe et des personnes rencontrées pendant le concours. Ces soutiens lui ont permis de se relever après son échec et de continuer à croire en sa vision. Elle souligne également qu’on ne réussit presque jamais complètement seul. Une personne peut fournir les efforts principaux, mais elle a souvent besoin d’un conseil, d’une recommandation, d’un soutien financier, d’une collaboration ou simplement de quelqu’un qui l’encourage au bon moment. Demander de l’aide n’est donc pas reconnaître sa défaite. C’est accepter que certaines étapes nécessitent plusieurs compétences et plusieurs personnes. Pour construire un entourage utile, recherchez des personnes qui :

  • Respectent votre vision ;
  • vous donnent des retours honnêtes ;
  • encouragent votre progression ;
  • reconnaissent vos limites ;
  • savent collaborer sans vous diminuer.

La résilience ne doit pas devenir une excuse pour demander aux femmes de tout supporter seules. Dans un secteur majoritairement masculin comme la musique, elles doivent déjà composer avec des obstacles supplémentaires.

La solidarité entre femmes peut changer les trajectoires

Pour Sayra, les femmes ont besoin de réseaux de solidarité, elles peuvent parfois mieux comprendre les expériences, les contraintes et les difficultés vécues par d’autres femmes. Cette solidarité peut prendre différentes formes :

  • partager une opportunité ;
  • recommander une artiste ;
  • transmettre une information ;
  • offrir un conseil ;
  • créer un projet collectif ;
  • écouter sans minimiser les difficultés.

Il ne s’agit pas de construire un réseau fermé, mais de créer des espaces où les femmes peuvent se soutenir dans la poursuite de leurs rêves. Dans le parcours de Sayra, plusieurs portes se sont fermées. Après le concours, elle aurait pu attendre qu’une équipe la choisisse. À la place, elle a commencé à publier ses propres vidéos. Son initiative a fini par attirer l’attention de personnes qui ne l’avaient pas accompagnée au départ. Parfois, le meilleur moyen de rendre sa vision visible est de commencer à construire avec les moyens disponibles.

Ce que SAYRA Belle veut transmettre aux femmes

Si Sayra pouvait parler à la femme qu’elle était au moment où elle voulait abandonner, elle lui demanderait de fournir encore un petit effort, pas de nier sa douleur. Pas de prétendre que tout est facile. Simplement de ne pas arrêter trop tôt. Son message est particulièrement fort dans un contexte où beaucoup de personnes pensent qu’il n’est plus possible de rêver. Elle reste convaincue qu’on peut réussir à Goma, poursuivre une carrière et viser l’international malgré les circonstances. Cette conviction repose sur plusieurs choix :

  1. Ne pas confondre un échec avec une identité.
  2. Publier et agir avec les moyens disponibles.
  3. Adapter l’itinéraire sans renoncer à l’objectif.
  4. Maintenir une routine, même modeste.
  5. Chercher des ressources complémentaires pour survivre.
  6. Accepter de pleurer, de ralentir et de demander de l’aide.
  7. S’entourer de personnes capables de nous relever.

La version de Sayra qui se plaignait et se sentait victime a progressivement laissé place à une version qui prend les devants. Ce changement ne s’est pas produit parce que les obstacles ont disparu. Il s’est produit parce qu’elle a commencé à se concentrer sur les actions qui dépendaient d’elle.

En resumé

Sayra Belle rappelle qu’avancer ne signifie pas toujours aller vite. Dans certains contextes, avancer consiste à continuer à écrire, répéter, apprendre et créer malgré les portes fermées. Cela peut aussi vouloir dire travailler dans un autre domaine, accepter une pause ou modifier son itinéraire.  La résilience n’est pas une obligation de souffrir en silence. C’est la capacité de rester en mouvement tout en reconnaissant ses limites et en acceptant le soutien des autres. Si votre rêve compte encore pour vous, cherchez la prochaine petite action possible même si elle ne ressemble pas au plan initial.

Écoutez la conversation complète avec Sayra Belle pour découvrir son parcours, sa vision de la musique et son message d’espoir sur nos plates-formes de distribution podcast.

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