Comment continuer à avancer quand les circonstances veulent vous arrêter
Découvrez comment Sayra Belle transforme les échecs et les contraintes en force pour poursuivre son rêve musical avec résilience. Un concours perdu, une crise sanitaire, l’insécurité et les difficultés financières peuvent suffire à faire abandonner un rêve. Pourtant, continuer à avancer malgré les obstacles ne signifie pas être invulnérable. Cela signifie apprendre à ajuster son chemin, demander de l’aide et rester fidèle à ce qui compte vraiment. Dans cet échange consacré aux femmes, à la paix et à la résilience, l’artiste chanteuse Sayra Belle raconte les moments où elle a voulu arrêter, mais aussi les raisons qui l’ont poussée à continuer. Son parcours montre qu’un rêve peut changer de forme sans disparaître et qu’on peut être fatiguée, vulnérable ou découragée tout en avançant.
Quand l’échec donne envie
d’abandonner
Le premier grand découragement de
Sayra Belle survient après sa participation au concours Top 5 Sauti, une
compétition qui a révélé plusieurs artistes connus dans sa ville. Elle espérait
y trouver une équipe capable d’accompagner sa vision artistique. Mais une seule
personne devait être retenue. Sayra termine deuxième. Cette position est
particulièrement difficile à vivre. Être deuxième signifie être assez proche
pour imaginer la réussite, tout en restant en dehors de l’opportunité espérée.
Elle avait le sentiment d’être « presque arrivée », sans avoir atteint son objectif.
À ce moment-là, elle a réellement pensé à arrêter la musique. Pourtant, une
autre idée l’a retenue : même sans gagner, elle avait été vue. D’autres
artistes, des professionnels et peut-être des membres du public avaient
découvert son talent. La compétition n’avait donc pas seulement produit un
résultat final. Elle avait aussi créé des rencontres et ouvert une visibilité
nouvelle.
« Je peux ne pas gagner cette
compétition, mais il y a quand même des gens qui veulent me voir. »
Cette manière de regarder l’échec
change tout. Un résultat décevant ne résume pas toujours la valeur du parcours.
Il peut aussi devenir une vitrine, une expérience ou une première étape vers
une autre opportunité. L’opportunité peut arriver après le refus quelques mois
après le concours, Sayra publie une reprise de la chanson Mabéga de
Gloria Bash. La vidéo n’est pas réalisée avec une qualité technique parfaite,
mais elle devient virale. Elle lui permet d’entrer en contact avec plusieurs
personnes avec lesquelles elle travaille encore aujourd’hui. Cette expérience
lui rappelle une règle importante :
« il ne faut pas
toujours attendre que tout soit parfait pour commencer ». La vidéo
qui a changé son parcours n’était pas nécessairement celle qu’elle aurait
produite avec les meilleurs moyens. Elle était simplement prête à être publiée.
En osant la partager, Sayra a donné au public la possibilité de découvrir son
univers. Commencer avec les ressources disponibles permet souvent de créer les
conditions de la prochaine étape.
La résilience n’est pas
l’absence de fatigue
Dans les conversations sur la
réussite, la résilience est parfois présentée comme une force permanente. Il
faudrait rester debout, ne jamais pleurer et continuer sans montrer de
faiblesse. Le témoignage de Sayra propose une vision plus humaine, pour elle,
être résiliente ne signifie pas ne jamais être fatiguée ou découragée, mais elle
reconnaît qu’elle se demande parfois si ses efforts vont réellement produire
les résultats espérés. Elle peut aussi sourire alors qu’elle s’effondre
intérieurement, Mais elle continue à avancer malgré ces émotions.
« Pleurer est permis pour tous
les humains, mais tout en avançant. »
Cette phrase résume une
distinction essentielle :
La vulnérabilité n’est pas
le contraire de la résilience, Elle en fait partie.
Reconnaître sa fatigue permet de mieux comprendre ses besoins, de chercher du
soutien et d’éviter de transformer le courage en épuisement. Faire une pause ne
signifie pas abandonner, une absence de quelques semaines, de plusieurs mois ou
même de plusieurs années ne suffit pas à déterminer qu’une personne a renoncé.
Certaines personnes se retirent pour se reconstruire, répondre à des
obligations familiales ou retrouver de l’énergie. La différence se situe
souvent dans l’intention :
- Une pause : permet de prendre du recul,
de réfléchir et parfois de revenir avec une nouvelle direction.
- Un abandon : correspond davantage à la
décision de ne plus poursuivre l’objectif.
- Une pause peut aussi servir à modifier sa méthode
sans abandonner sa vision, Il est donc important de ne pas juger trop vite
les parcours des autres ni le sien.
Continuer à avancer dans un
contexte difficile
Le parcours de Sayra s’inscrit
dans un environnement marqué par l’instabilité sécuritaire à Goma. Les petites
scènes, les initiatives artistiques et les projets qui commençaient à se
développer ont été interrompus ou ralentis. Lorsque la paix et la sécurité
manquent, les priorités changent, certaines activités deviennent impossibles, les
déplacements sont limités, Les organisateurs hésitent à maintenir des
événements, les artistes doivent parfois mettre leurs projets entre parenthèses
et cette réalité peut empêcher de rêver plus grand. Elle touche non seulement
la carrière professionnelle, mais aussi la capacité à se projeter. Sayra reste
néanmoins convaincue qu’il est possible de continuer à rêver depuis Goma, et
même d’atteindre un jour une audience internationale. Cette conviction ne nie
pas les difficultés, elle refuse simplement de leur laisser le dernier mot.
Changer d’itinéraire sans
abandonner l’objectif Sayra rêvait de participer à de grands festivals. Mais si
les frontières sont fermées ou si les conditions de sécurité ne permettent pas
de voyager, elle doit revoir son itinéraire. Elle peut commencer par se
produire localement, développer son répertoire, renforcer sa présence en ligne
et construire progressivement les relations nécessaires. L’objectif reste le
même. Le chemin change. Vous pouvez conserver votre ambition tout en adaptant :
- Le calendrier ;
- le lieu où vous travaillez ;
- les personnes avec lesquelles vous collaborez ;
- les outils que vous utilisez ;
- la taille de votre première étape.
Modifier son plan n’est pas
forcément reculer, c’est parfois la seule manière de continuer à progresser
dans une réalité qui n’est pas celle que vous aviez imaginée.
La discipline transforme le
rêve en pratique
La résilience ne repose pas
uniquement sur la motivation, Les émotions changent. La discipline, elle,
permet de rester en mouvement même quand l’envie diminue. Sayra décrit une
routine artistique simple, mais régulière. Elle compose souvent, répète
quotidiennement et cherche à apprendre dès qu’une occasion se présente. Elle
écrit même lorsqu’elle n’a pas d’idée précise. Elle prend un stylo, écoute une
instrumentale et commence. Cette méthode lui permet de ne pas attendre
l’inspiration parfaite. Sa routine repose sur plusieurs habitudes :
- Écrire régulièrement : Même quelques
lignes peuvent devenir le début d’une chanson.
- Répéter chaque jour : Une opportunité
peut arriver sans prévenir. Répéter permet d’être prête techniquement.
- Participer à des ateliers : Les
ateliers offrent un espace d’apprentissage, de rencontre et de
progression.
- Observer d’autres artistes : Fahira
s’intéresse aux pratiques d’artistes d’autres pays et à leur industrie
musicale.
- Utiliser les réseaux sociaux : Ils
permettent d’apprendre, de publier, de rencontrer des collaborateurs et de
toucher un public plus large.
Cette routine ne garantit pas un
succès immédiat, augmente toutefois les chances d’être prête lorsque le
contexte évolue.
Survivre sans abandonner son
rêve
Une difficulté revient souvent
dans les parcours artistiques : le rêve ne paie pas toujours les factures
immédiatement. Sayra explique que la musique ne couvre pas encore tous ses
besoins. Elle travaille donc aussi dans le commerce, cette activité lui permet
de subvenir à certaines dépenses tout en continuant à investir du temps et des
ressources dans sa carrière musicale. Cette
stratégie n’est pas un échec. C’est une manière de protéger le rêve contre la
pression financière.
Des nombreuses femmes sont
contraintes de faire des choix similaires, elles doivent parfois combiner leur
passion avec un emploi, des responsabilités familiales ou d’autres activités
rémunératrices. Dans certains cas, elles mettent temporairement leur projet en pause pour
survivre. Le danger est de croire qu’un détour professionnel signifie que le
rêve est terminé. Il peut au contraire fournir les moyens de le poursuivre plus
longtemps.
L’importance d’un entourage
solide
Sayra insiste sur le rôle de sa famille, de son
équipe et des personnes rencontrées pendant le concours. Ces soutiens lui ont
permis de se relever après son échec et de continuer à croire en sa vision. Elle
souligne également qu’on ne réussit presque jamais complètement seul. Une
personne peut fournir les efforts principaux, mais elle a souvent besoin d’un
conseil, d’une recommandation, d’un soutien financier, d’une collaboration ou
simplement de quelqu’un qui l’encourage au bon moment. Demander de l’aide n’est
donc pas reconnaître sa défaite. C’est accepter que certaines étapes
nécessitent plusieurs compétences et plusieurs personnes. Pour construire un
entourage utile, recherchez des personnes qui :
- Respectent votre vision ;
- vous donnent des retours honnêtes ;
- encouragent votre progression ;
- reconnaissent vos limites ;
- savent collaborer sans vous diminuer.
La résilience ne doit pas devenir
une excuse pour demander aux femmes de tout supporter seules. Dans un secteur
majoritairement masculin comme la musique, elles doivent déjà composer avec des
obstacles supplémentaires.
La solidarité entre femmes
peut changer les trajectoires
Pour Sayra, les femmes ont besoin
de réseaux de solidarité, elles peuvent parfois mieux comprendre les
expériences, les contraintes et les difficultés vécues par d’autres femmes. Cette
solidarité peut prendre différentes formes :
- partager une opportunité ;
- recommander une artiste ;
- transmettre une information ;
- offrir un conseil ;
- créer un projet collectif ;
- écouter sans minimiser les difficultés.
Il ne s’agit pas de construire un
réseau fermé, mais de créer des espaces où les femmes peuvent se soutenir dans
la poursuite de leurs rêves. Dans le parcours de Sayra, plusieurs portes se
sont fermées. Après le concours, elle aurait pu attendre qu’une équipe la
choisisse. À la place, elle a commencé à publier ses propres vidéos. Son
initiative a fini par attirer l’attention de personnes qui ne l’avaient pas
accompagnée au départ. Parfois, le meilleur moyen de rendre sa vision visible
est de commencer à construire avec les moyens disponibles.
Ce que SAYRA Belle veut
transmettre aux femmes
Si Sayra pouvait parler à la
femme qu’elle était au moment où elle voulait abandonner, elle lui demanderait
de fournir encore un petit effort, pas de nier sa douleur. Pas de prétendre que
tout est facile. Simplement de ne pas arrêter trop tôt. Son message est
particulièrement fort dans un contexte où beaucoup de personnes pensent qu’il
n’est plus possible de rêver. Elle reste convaincue qu’on peut réussir à Goma,
poursuivre une carrière et viser l’international malgré les circonstances. Cette
conviction repose sur plusieurs choix :
- Ne pas confondre un échec avec une identité.
- Publier et agir avec les moyens disponibles.
- Adapter l’itinéraire sans renoncer à l’objectif.
- Maintenir une routine, même modeste.
- Chercher des ressources complémentaires pour
survivre.
- Accepter de pleurer, de ralentir et de demander de
l’aide.
- S’entourer de personnes capables de nous relever.
La version de Sayra qui se
plaignait et se sentait victime a progressivement laissé place à une version
qui prend les devants. Ce changement ne s’est pas produit parce que les
obstacles ont disparu. Il s’est produit parce qu’elle a commencé à se
concentrer sur les actions qui dépendaient d’elle.
En resumé
Sayra Belle rappelle qu’avancer
ne signifie pas toujours aller vite. Dans certains contextes, avancer consiste
à continuer à écrire, répéter, apprendre et créer malgré les portes fermées.
Cela peut aussi vouloir dire travailler dans un autre domaine, accepter une pause
ou modifier son itinéraire. La
résilience n’est pas une obligation de souffrir en silence. C’est la capacité
de rester en mouvement tout en reconnaissant ses limites et en acceptant le
soutien des autres. Si votre rêve compte encore pour vous, cherchez la
prochaine petite action possible même si elle ne ressemble pas au plan initial.
Écoutez la conversation complète
avec Sayra Belle pour découvrir son parcours, sa vision de la musique et son
message d’espoir sur nos plates-formes de distribution podcast.
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